Saintes, ville d'inspiration littéraire et patrimoine antique

Saintes condense vingt siècles d’histoire dans un mouchoir de pierre. Capitale antique des Santons, refuge médiéval des chanoines, étape mérimée des voyageurs romantiques : la ville offre aux écrivains une stratigraphie rare où l’amphithéâtre gallo-romain dialogue avec l’Abbaye aux Dames. Ce patrimoine littéraire se découvre aujourd’hui à pied, livre en main.
Mediolanum Santonum, berceau d’un imaginaire littéraire
Sous l’Empire, Saintes s’appelait Mediolanum Santonum et régnait sur l’Aquitaine romaine avant que Bordeaux ne lui ravisse le titre. La cité comptait alors près de 20 000 habitants, soit autant qu’aujourd’hui pour les 25 000 Saintais recensés en 2021. De cette gloire subsistent trois monuments majeurs : l’amphithéâtre creusé dans un vallon naturel sous le règne de Claude vers 40 apr. J.-C., l’Arc de Germanicus dédié en 18-19 apr. J.-C. par le notable Caius Julius Rufus, et les thermes de Saint-Saloine dont les pans murent encore le quartier nord.
Cette densité archéologique explique la fascination qu’exerce la ville sur les plumes voyageuses. Marcher dans Saintes, c’est lire un palimpseste : l’inscription latine de l’arc, gravée à la mémoire de Tibère et de Drusus, voisine avec la pierre romane des cloîtres. Pour organiser votre découverte littéraire de Saintes et explorer ces lieux chargés d’histoire, lesrempartsdesaintes.fr propose un guide complet des visites et hébergements dans la ville.
L’amphithéâtre, l’un des plus anciens du monde romain, accueillait jusqu’à 15 000 spectateurs sur ses gradins de calcaire. Ses dimensions, 126 mètres sur 102, en font un théâtre d’écriture aussi bien qu’un théâtre de pierre.
L’écho romantique : quand Mérimée découvre Saintes
En 1836, Prosper Mérimée publie ses Notes d’un voyage dans l’Ouest de la France, fruit de sa mission d’inspecteur général des Monuments historiques. L’auteur de Carmen y consacre plusieurs pages à Saintes, qu’il visite en compagnie de l’antiquaire local Pierre-Théophile Segrétain. Mérimée s’enthousiasme pour l’arc, alors enchâssé dans le pont gallo-romain qui sera démoli en 1843 : il obtient son démontage et sa reconstruction sur la rive droite de la Charente, où il se dresse encore.
Cet épisode fonde la lecture littéraire moderne de Saintes. La ville devient un cas d’école pour les écrivains-voyageurs du XIXe siècle, attentifs à la conservation du patrimoine. Théophile Gautier évoquera plus tard l’amphithéâtre dans ses chroniques, et l’historien Jules Michelet rangera Saintes parmi les capitales oubliées de la France romane.
| Auteur | Œuvre ou texte | Année |
|---|---|---|
| Prosper Mérimée | Notes d’un voyage dans l’Ouest de la France | 1836 |
| Goulebenéze | Chroniques en parler saintongeais | 1900-1950 |
| Eugène Fromentin | Correspondance et carnets charentais | 1860-1876 |
La ville a aussi vu naître ou passer des plumes locales. Le potier-écrivain Bernard Palissy, originaire de l’Agenais mais formé en Saintonge, y développa entre 1539 et 1562 sa pensée naturaliste qu’il consigna dans Recepte véritable et Discours admirables. Ses pages sur les fontaines et les fossiles charentais constituent l’une des premières prose scientifiques en français.
L’Abbaye aux Dames, scriptorium et mémoire médiévale
Fondée en 1047 par Geoffroy II de Thouars et son épouse Agnès de Bourgogne, l’Abbaye aux Dames fut le premier monastère féminin de Saintonge. Pendant sept siècles, ses abbesses, souvent issues de la haute noblesse, formèrent les jeunes filles à la lecture, à la musique et à l’enluminure. La bibliothèque conventuelle conservait au XVIIIe siècle plus de 4 000 volumes manuscrits et imprimés, dispersés à la Révolution.
L’église abbatiale, consacrée en 1047 puis rebâtie au XIIe siècle, présente une façade sculptée que les historiens de l’art comptent parmi les plus riches de Saintonge romane. Son clocher en pomme de pin, haut de 35 mètres, surplombe la rive droite de la Charente.
- Visite guidée de l’abbatiale : durée 45 minutes
- Festival de musique ancienne créé en 1972, l’un des plus anciens d’Europe
- Salle capitulaire transformée en lieu de résidence d’écrivains
- Cloître ouvert toute l’année, accès libre en journée
Cette tradition médiévale dialogue avec d’autres foyers monastiques que vous pouvez explorer dans notre panorama des poètes médiévaux francophones.
La veine saintongeaise : poésie d’un parler menacé
Le saintongeais, langue d’oïl parlée entre Charente et Gironde, a généré une littérature populaire vivace. La figure tutélaire reste Goulebenéze, pseudonyme d’Évariste Poitevin (1877-1952), auteur de plus de 600 chroniques et poèmes patoisants publiés dans la presse régionale. Ses textes, mêlant verve gauloise et observation rurale, sont aujourd’hui réédités par la Société de Géographie de Rochefort.
Cette poésie de terroir s’inscrit dans une tradition plus vaste, celle des écrivains régionalistes qui ont nourri la littérature française au XXe siècle. Pour qui veut prolonger l’expérience par les demeures d’auteurs, le détour par notre guide des maisons d’écrivains à visiter en France ouvre d’autres pistes.
La Charente-Maritime conserve en outre la mémoire d’Eugène Fromentin (1820-1876), peintre-écrivain rochelais dont les carnets évoquent les paysages de l’estuaire et les ciels saintongeais. Son roman Dominique, paru en 1863, doit beaucoup à cette géographie.
Itinéraire littéraire d’une journée à Saintes
Une journée suffit pour parcourir l’essentiel du patrimoine littéraire saintais. L’itinéraire suit le tracé de la Charente, qui scinde la ville entre rive antique à l’ouest et cité médiévale à l’est.
| Étape | Site | Durée | Œuvre associée |
|---|---|---|---|
| 1 | Arc de Germanicus | 30 min | Mérimée, Notes (1836) |
| 2 | Abbaye aux Dames | 1 h 30 | Tradition romane |
| 3 | Basilique Saint-Eutrope | 45 min | Codex Calixtinus, XIIe s. |
| 4 | Amphithéâtre gallo-romain | 1 h | Gautier, chroniques |
| 5 | Thermes de Saint-Saloine | 30 min | Récit archéologique |
La basilique Saint-Eutrope, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1998 au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, mérite une visite attentive : sa crypte du XIe siècle abrite le tombeau du saint évangélisateur de la Saintonge, lieu de pèlerinage cité dans le Codex Calixtinus.
Pour prolonger ce voyage culturel par d’autres villes-musées, l’itinéraire vers Saint-Malo sur les traces de Chateaubriand ou vers Illiers-Combray, le village de Marcel Proust compose un triptyque cohérent du patrimoine littéraire français. Les voyageurs en quête d’un séjour structuré trouveront dans notre guide pour organiser un séjour culturel une méthodologie applicable à la Charente-Maritime.
Prochaine étape : réserver une nuit face à la Charente, programmer la visite de l’Abbaye aux Dames le matin, garder l’amphithéâtre pour la lumière dorée de fin d’après-midi. La ville se livre aux lecteurs patients.

